le monde
02Jan

Le Monde le journal d’information historique

Le Monde

journal d’information en Langue français
Périodicité quotidien
Format berlinois
Genre Généraliste
Prix au numéro 2,50 € (numéros datés du dimanche-lundi à vendredi inclus), 4,20 € (numéro daté du samedi)
Diffusion 269 584Note 1 ex. (2016, en augmentation 0,63 %)
Fondateur Hubert Beuve-Méry
Date de fondation 1944 (il y a 73 ans)
Éditeur Société éditrice du Monde
Ville d’édition paris
Propriétaire groupe Le Monde: Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel
Directeur de publication Louis Dreyfus, Jérôme Fenoglio
Directeur de la rédaction Luc Bronner
Rédacteur en chef Marie-Pierre Lannelongue (M le magazine du Monde)
Philippe Le Coeur & Michaël Szadkowski (rédaction numérique)
Christophe Ayad (International)
Caroline Monnot & Nicolas Chapuis (France)
Anne Eveno (Économie)
Auréliano Tonet (Culture)
ISSN 0395-2037
OCLC 1758539 [archive]
Site web lemonde.fr [archive]
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Le Monde est un journal français fondé par Hubert Beuve-Méry en 1944. C’est l’un des derniers quotidiens français dits « du soir », qui paraît à Paris en début d’après-midi, daté du lendemain, et est distribué en province le matin suivant.
Rangé parmi les quotidiens français « de référence » depuis plusieurs décennies, il est le quotidien national payant le plus lu en France (2,42 millions de lecteurs en 2016)1 et le plus diffusé à l’étranger jusque dans les années 2000 avec une diffusion journalière hors France de 40 000 exemplaires2,3, tombée en 2012 à 26 000 exemplaires4.
Sa ligne éditoriale est parfois présentée comme étant de centre gauche5, bien que cette affirmation soit récusée par le journal lui-même, qui revendique un traitement non partisan6, et son lectorat est majoritairement orienté à gauche7. Le journal est édité par le groupe Le Monde, détenu depuis 2010 à 64 % par la société Le Monde libre, elle-même propriété des hommes d’affaires Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, ainsi que par le groupe de presse espagnol Prisa. Comme de nombreux titres de la presse écrite, il bénéficie de subventions de la part de l’État français.
Il est aussi disponible dans une version en ligne.
Sommaire [masquer]

Histoire[modifier | modifier le code]
1944 : Fondation[modifier | modifier le code]

La rédaction du Monde était située 5, rue des Italiens à Paris, de sa création jusqu’en 1989 (photo prise en 2015).
Le premier numéro du Monde paraît le 18 décembre 1944, daté du 19 décembre sur une seule page recto verso. Il succède au journal Le Temps qui, victime de l’ordonnance du 30 septembre 1944 sur les titres ayant paru sous l’occupation de la France par l’Allemagne, a vu ses locaux réquisitionnés et son matériel saisi. Le Monde, bénéficiaire de cette confiscation, en reprend le format et la présentation, l’équipe rédactionnelle, les ouvriers et employés ainsi que les anciens locaux situés rue des Italiens, locaux où il restera 44 ans et qui lui valent le surnom de « quotidien de la rue des Italiens ». Le général de Gaulle, qui souhaitait doter la France d’un « journal de prestige » tourné vers l’étranger et qui serait « l’officieux » de la République, est un élément moteur de sa création8. Il charge son Ministre de l’Information Pierre-Henri Teitgen d’en trouver le directeur, choix difficile car la plupart des hommes de presse de l’époque étaient d’anciens collaborateurs ou déjà à la tête de journaux de la presse clandestine9. Georges Bidault, le président du Conseil national de la Résistance lui suggère le nom d’Hubert Beuve-Méry. Ce dernier hésite longtemps car il veut diriger un journal indépendant vis-à-vis des pouvoirs politiques, économiques et religieux. Le 11 décembre 1944, Hubert Beuve-Méry fonde la société à responsabilité limitée Le Monde au capital de 200 000 francs répartis en 200 parts sociales, son premier comité de rédaction comprend également René Courtin, professeur de droit, et Christian Funck-Brentano, ancien chargé des questions de presse au cabinet du général de Gaulle10. Le quotidien, destiné comme Le Temps aux élitesNote 2, tire à 150 000 exemplaires dès 1945. Né dans l’ombre du pouvoir, Le Monde s’en émancipe progressivement grâce à Hubert Beuve-Méry qui acquiert son indépendance rédactionnelle durant la guerre froide et la guerre d’Indochine11.
En 1951 la Société des rédacteurs du Monde est créée, qui a pour mission de veiller à l’indépendance journalistique du titre. Elle se voit initialement attribuer un peu plus de 28 % des parts de la SARL Le Monde12. Suivront la société des employés et des cadres en 1968, et celle des lecteurs en 1985. Les salariés du journal tiennent une place centrale dans la gestion du quotidien. À l’époque, la ligne éditoriale, sans se revendiquer explicitement de gauche, est généralement solidaire des mouvements révolutionnaires « socialistes » (Vietnam, Portugal, allant jusqu’à titrer « Phnom Penh libérée » lors de la prise de la ville par les Khmers rouges, en avril 197513).
En 1954 est lancé le Monde diplomatique.
En 1956 Le Monde devient propriétaire de son immeuble rue des Italiens.
À partir du début des années 1960 la diffusion du titre connaît une forte expansion, qui la fera tripler en 20 ans, passant de 137 433 exemplaires en 1960 à 347 783 en 1971, puis près de 500 000 à la fin des années 197014.
En 1969 le fondateur du titre, Hubert Beuve-Méry, prend sa retraite.
La fin des années 1970 se caractérise notamment par une hostilité forte des journalistes du quotidien vis-à-vis de Valéry Giscard d’Estaing. En 2014, dans une enquête intitulée Le jour où… « Le Monde » choisit de torpiller Giscard15, Raphaëlle Bacqué revient sur l’affaire des diamants telle qu’elle fut vécue à l’intérieur du Monde et évoque l’aspect très politique de son exploitation. Son enquête mentionne notamment l’hostilité générale des journalistes de la rédaction à Giscard d’Estaing et leurs proximités avec l’opposition. Elle indique aussi les débats internes entre ceux, tels que le chef du service politique, Raymond Barillon, qui sont circonspects et réticents à reprendre les révélations du Canard enchaîné et ceux, tels l’éditorialiste Philippe Boucher, « abhorrant le giscardisme », qui veulent pousser l’affaire en l’amalgamant notamment avec des révélations mentionnées par Minute sur un permis de construire obtenu par Raymond Barre et des informations sur le patrimoine en Afrique de cousins de Giscard. Philippe Boucher, plus tard nommé au Conseil d’État par François Mitterrand, reconnaîtra en 2014 avoir eu la dent un peu dure dans l’exploitation de cette histoire15.
1980-2000 : difficultés financières[modifier | modifier le code]

La rédaction du Monde est située boulevard Auguste-Blanqui à Paris, depuis 2004 (photo prise en 2008).
En 1981, Claude Julien succède à Jacques Fauvet. En 1982, André Laurens prend la suite. En 1985, il est écarté de la direction à la suite de la baisse des ventes (alors qu’il titrait en moyenne 434 000 exemplaires entre 1974 et 1981, années qui marquent la fin de l’expansion de son lectorat, il voit sa diffusion chuter à 335 000 exemplaires en 1985, le faisant descendre en dessous de son seuil de rentabilité16), et son apport au socialisme mitterrandien17. Il est alors remplacé par André Fontaine.
En 1985, la BNP exige que le journal vende son immeuble de la rue des Italiens18.
Le Monde s’installe 15, rue Falguière (15e) en avril 1989 dans un bâtiment conçu par les architectes Pierre du Besset et Dominique Lyon, puis 21 bis rue Claude-Bernard (5e) en 1996 et enfin, en 2004, boulevard Auguste-Blanqui (13e) dans un bâtiment conçu par l’architecte Christian de Portzamparc, dont l’architecture s’inspire du siège du New York Times19.
En 1989, en raison de la concurrence de Libération et d’un renouveau du Figaro, la diffusion a reculé de 40 000 exemplaires en dix ans20.
En février 1990 un triumvirat doit succéder à André Fontaine. Composé de Daniel Vernet (gérant-directeur), Bruno Frappat (directeur de la rédaction) et Martin Desprez (directeur-gestionnaire), il cède finalement sa place, à la suite de rivalités internes, à Bruno Frappat (toujours à la tête de la rédaction) et à Jacques Lesourne, économiste, élu directeur de la publication du Monde le 8 janvier 1991 – il devient le premier non-journaliste à ce poste21.
En 1994, Le Monde troque le statut de SARL pour celui de société anonyme (SA) à directoire et conseil de surveillance. À la suite de la démission de Jacques Lesourne qui ne peut enrayer la chute de la diffusion du titre et du chiffre d’affaires publicitaire, Jean-Marie Colombani, rédacteur en chef, est élu directeur de la publication du journal en mars 199420, d’abord par la société des rédacteurs puis par les actionnaires du journal. En avril 1994, Colombani nomme Noël-Jean Bergeroux directeur de la rédaction. En 1995, il lance une nouvelle formule du quotidien. L’anti-chiraquisme de Colombani (il ne dissimule pas son hostilité à Jacques Chirac à la suite de la tragédie d’Ouvéa), l’anti-mitterrandisme d’Edwy PlenelNote 3 et le mondialisme balladurien d’Alain Minc, président du conseil de surveillance de la SA Le Monde, font que leur journal est accusé par ses confrères de balladurisme (tel Le Canard enchaîné qui titre le 18 janvier 1995 « Le Monde balladurisé ? C’est pas une Minc affaire ») lors de l’élection présidentielle française de 1995 et jettent le trouble dans son lectorat22.
En 1995, Le Monde connaît une première recapitalisation, de 295 millions de francs. En 1996, Le Monde se lance sur Internet avec Lemonde.fr, qui propose des dossiers en ligne, la Une en version graphique à partir de 13 heures, l’intégralité du journal avant 17 heures, l’actualité en liaison avec l’AFP et des rubriques sur la Bourse, les livres, le multimédia et le sport. Deux ans plus tard, le journal complet en ligne coûte 5 FF (soit 0,76 euro de l’époque) alors que le journal imprimé coûte 7,50 FF (1,15 euro)23. S’ils concernent le multimédia, les articles du supplément imprimé hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia, rebaptisée ensuite « Nouvelles technologies ».
Années 2000 : stratégie d’expansion[modifier | modifier le code]
Jean-Marie Colombani est réélu en 2000 pour un nouveau mandat, au cours duquel il engage le titre dans la construction d’un groupe de presse, l’actuel Groupe Le Monde. Après avoir tenté en vain de racheter L’Express à Vivendi Universal Publishing (ex-Havas) en 199724, il prend le contrôle du groupe Les Journaux du Midi (anciennement Midi Libre SA) en 1999 et acquiert 30 % des « Publications de la vie catholique » en 2003, lesquelles incluent notamment La Vie, Courrier international et Télérama – le groupe revend le patrimoine immobilier de ce dernier25. En 2002 et en 2003, plus de 60 millions d’euros sont émis en obligations remboursables en actions (ORA), ce qui alourdit toutefois un endettement à long terme déjà élevé26,27,28.
En février 2003, paraît le livre La Face cachée du Monde de Pierre Péan et Philippe Cohen29 très critique à l’égard des trois dirigeants du Monde, Jean-Marie Colombani, Alain Minc et Edwy Plenel. Le groupe Le Monde, notamment, porte plainte pour diffamation30,31 ; le conflit, médiatisé, est finalement résolu à l’amiable en juin 2004, évitant la tenue d’un procès32,33,34. Voir, infra, la section « La Face cachée du Monde ».
En 2004, paraît une enquête sur le génocide du Rwanda – Patrick de Saint-Exupéry, L’Inavouable : La France au Rwanda – qui, selon Éric Fottorino, provoque le malaise des journalistes du Monde, le journal ayant « entériné la vision fausse et facile d’un double génocide qui dédouanait la diplomatie française, gauche et droite confondues »35.
Le 29 novembre 2004, Edwy Plenel démissionne de la direction de la rédaction du journal36,37,38, avant de quitter définitivement Le Monde en septembre 200539,40.
De 1980 à 2005, Le Monde est le partenaire de l’émission audiovisuelle Le Grand Jury41. Il est remplacé par Le Figaro en septembre 2005 à la suite d’une augmentation du capital dans le journal Le Monde du groupe Lagardère, propriétaire de la station de radio concurrente Europe 142.
Le 7 novembre 2005, Le Monde publie une nouvelle formule, préparée par Éric Fottorino et son groupe de réflexion « Vivaldi »43, qui propose un profond changement de l’architecture du quotidien44,45. Elle permet une remontée durable de la satisfaction des lecteurs, au-dessus de 80 %, selon Éric Fotorino43.
En 2006, Jean-Michel Dumay voit son mandat de président de la société des rédacteurs renouvelé. Le groupe Le Monde revend les Éditions Desclée de Brouwer à l’éditeur suisse Parole et Silence spécialisé dans la spiritualité chrétienne. En juin, Pierre Jeantet remplace Jean-Paul Louveau comme directeur général. En octobre, la société des rédacteurs du Monde s’oppose à la création d’un « pôle sud » de la presse quotidienne régionale réunissant les actifs du Monde (Midi libre, L’Indépendant, Centre Presse) et ceux du groupe Hachette-Filipacchi de Lagardère (La Provence, Nice-Matin, Corse-Matin et Var-Matin) à travers une holding commune. Pierre Jeantet et Bruno Patino entrent dans un directoire aux côtés d’Éric Fottorino.
Laurent Mauduit qui était devenu éditorialiste, après s’être prononcé publiquement contre l’entrée au capital du journal du groupe Lagardère, quitte le journal en décembre 2006, dénonçant la censure de l’un de ses articles à propos des Caisses d’épargne46.
Crise du directoire de 2007-2010[modifier | modifier le code]
Le 22 mai 2007, la société des rédacteurs du Monde refuse d’accorder un troisième mandat à Jean-Marie Colombani à la tête du directoire du groupe, avec 48,5 % des suffrages en faveur de la reconduction et 46,7 % contre (mais 60 % des voix étaient nécessaires selon les règles internes du journal). Le 2 juillet, Pierre Jeantet (recruté un an plus tôt comme directeur général) lui succède au poste de président du directoire du groupe Le Monde, avec Bruno Patino comme vice-président, tandis qu’Éric Fottorino (précédemment directeur de la rédaction) lui succède au poste de directeur du journal (les fonctions de président du groupe et de directeur du journal étant désormais dissociées).
Le 19 décembre 2007, à la suite de désaccords en matière financière entre la direction et la Société des rédacteurs du Monde, le président du directoire Pierre Jeantet, le vice-président Bruno Patino et le directeur du journal Éric Fottorino démissionnent en bloc47. Le 4 janvier 2008, alors que Pierre Jeantet et Bruno Patino confirment leur démission, Éric Fottorino décide finalement de ne pas démissionner48. Il devient président du directoire le 25 janvier 200849.
En janvier 2008, Jean-Michel Dumay claque la porte de la société des rédacteurs du Monde (SRM) en dénonçant un « marchandage indigne »50. Le même mois, le journal est condamné par un tribunal de Barcelone, à 300 000 euros de dommages-intérêts pour avoir publié un article jugé diffamatoire évoquant les pratiques du dopage au FC Barcelone51.
Fin 2008, le groupe Le Monde cède la librairie religieuse La Procure pour 3 à 4 millions d’euros. En avril 2008, il met en vente la société éditrice des Cahiers du cinéma, les Éditions de l’Étoile. En janvier 2009, le groupe d’édition d’art Phaidon en devient propriétaire. Toujours en 2009, il vend sa branche jeunesse, composée de Fleurus presse et de Junior hebdo, à Héros et Patrimoine, une société détenue par Financière de loisirs et par le fonds d’investissement américain Open Gate Capital.
En mai 2009, Éric Fottorino reproche sa « vantardise et sa frénésie » à Nicolas Sarkozy dans un éditorial. Le milliardaire Vincent Bolloré, ami du chef de l’État, annonce qu’il va cesser de faire imprimer son quotidien gratuit Direct Matin sur les rotatives du Monde. Le Journal du dimanche, qui appartient au milliardaire Arnaud Lagardère, autre ami de Nicolas Sarkozy, fait savoir qu’il changera d’imprimerie. Enfin, Les Échos, propriété du milliardaire Bernard Arnault, lui aussi ami personnel du président, dénonce le contrat souscrit avec l’imprimerie dont Le Monde est propriétaire. Pour Éric Fottorino, « le pouvoir tentait de nous asphyxier par la voie industrielle ».
Dans la même période, une enquête du Monde signale le rôle central de la banque BNP Paribas dans le capitalisme de connivence français, citant plusieurs fois son PDG, Michel Pébereau. Cet épisode est à l’origine du refus de BNP Paribas, pourtant banque historique du Monde, d’aider le quotidien en grave difficulté. Pour Éric Fottorino, « sans doute n’était-il pas opportun, au moment où nous discutions notre avenir, d’irriter celui qui tenait une partie de la solution entre ses mains. (…) Déplaire nous condamnait-il à dépérir ? Il était de toute façon trop tard pour faire marche arrière. »52.
Années 2010[modifier | modifier le code]
En juin 2010, cinq repreneurs sont présentés53 : Le Nouvel Observateur, El País, le groupe de presse qui édite L’Espresso (Italie), le groupe de presse Ringier (Suisse) ainsi qu’un trio formé par Pierre Bergé (entrepreneur, propriétaire du magazine Têtu), Matthieu Pigasse (homme d’affaires, propriétaire et président du magazine Les Inrockuptibles) et Xavier Niel (fondateur de Free). Par ailleurs, le président de la République Nicolas Sarkozy rencontre Éric Fottorino le 9 juin 2010, alors que le journal cherche d’urgence un repreneur, pour interdire la reprise du journal par le trio Bergé-Pigasse-Niel et le met en garde en déclarant que si cette option était choisie, l’État renoncerait à verser 20 millions d’euros pour participer au sauvetage de l’imprimerie du journal54,55. L’autre repreneur potentiel est formé du groupe Nouvel Observateur et Orange56. Fin juin, l’offre du trio Bergé-Pigasse-Niel est plébiscitée par les salariés actionnaires57. Orange et Le Nouvel Observateur décident de retirer leur offre58. Ce choix est validé par le vote du conseil de surveillance (11 voix pour et 9 abstentions) le 28 juin59. Le 2 novembre, le rachat du journal par le trio est entériné60,61. Le groupe Le Monde est alors contrôlé par la société Le Monde libre qui possède 64 % du capital, cette société étant détenue par les trois hommes d’affaires ainsi que par le groupe de presse espagnol Prisa62.
Le 14 septembre 2010, Le Monde annonce qu’il porte plainte contre X pour « violation du secret des sources » après que les services secrets français (DCRI) ont été mis à contribution par l’exécutif pour identifier la source d’un journaliste de la rédaction. Bernard Squarcini, directeur de la direction centrale du renseignement intérieur, le reconnaît dans un entretien au Nouvel Observateur : il a ordonné un « éclairage DCRI » sur des fuites provenant du ministère de la Justice au sujet de l’affaire Woerth-Bettencourt, une enquête qui peut être considérée comme une atteinte au secret des sources, protégées par la loi, et donc à la liberté de la presse.
Le 15 décembre 2010, Éric Fottorino est révoqué de la présidence du directoire du groupe Le Monde et de sa fonction de directeur de la publication, pour divergences de point de vue avec les actionnaires, tout en restant provisoirement le directeur du journal ; Louis Dreyfus est nommé à sa place à la présidence du directoire63,64. Puis, le 7 février 2011, le conseil de surveillance du groupe Le Monde nomme Érik Izraelewicz directeur des rédactions du groupe et membre du directoire, choix ratifié le 10 février par les journalistes avec 74 % des voix65,66.
Le 27 novembre 2012, Érik Izraelewicz meurt à l’âge de 58 ans, victime d’une crise cardiaque au siège du Monde67. Le 30 novembre, Alain Frachon le remplace à titre intérimaire.
Le 1er mars 2013, Natalie Nougayrède, proposée à ce poste par les trois principaux actionnaires du groupe, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, devient la directrice du Monde après un vote positif de la Société des Rédacteurs du journal68.
Sa nomination, pour un mandat de 6 ans, à la direction du Monde et comme membre du directoire en tandem avec Louis Dreyfus, président de ce dernier, est validée à l’unanimité par le Conseil de surveillance du groupe le 6 mars 201369. Dans un communiqué, il est précisé que tous deux « doivent placer la révolution numérique au cœur de leurs mandats »69.
En février 2014, un mouvement de contestation est déclenché dans le journal par l’annonce d’un plan de mobilité prévoyant le passage vers la version numérique d’une cinquantaine de postes et la suppression d’un certain nombre de rubriques (Logement et exclusion, Économie sociale et solidaire, Banlieue…)70,71.
Le 6 mai, sept membres de la rédaction en chef du Monde – François Bougon, Vincent Fagot, Julien Laroche-Joubert, Damien Leloup, Cécile Prieur, Françoise Tovo et Nabil Wakim – démissionnent et dénoncent « des dysfonctionnements majeurs, ainsi qu’une absence de confiance et de communication avec la direction de la rédaction »72,73.
Le 9 mai, Vincent Giret et Michel Guerrin, les deux adjoints de la directrice du Monde, démissionnent à leur tour, mis en cause par une partie de la rédaction qui demandait leur départ74.
Enfin, le 14 mai, à la suite d’un bras de fer avec la rédaction et d’une absence de soutien des actionnaires75, Natalie Nougayrède jette l’éponge et démissionne de son poste76,77. Dans un texte envoyé à l’AFP78, elle explique n’avoir « plus les moyens d’assurer en toute plénitude et sérénité » ses fonctions.
Le 28 mai, un nouvel organigramme est mis en place79 : Gilles van Kote est promu membre du directoire et directeur du Monde par intérim par le trio Bergé-Niel-Pigasse dans l’attente d’un vote de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) tandis que Jérôme Fenoglio devient directeur des rédactions.
Le 6 octobre 2014, Le Monde lance une nouvelle formule voulue « plus claire et plus aérée », selon son directeur général Louis Dreyfus80.
Le 30 juin 2015, à la suite de la démission de Gilles van Kote due au refus de la Société des rédacteurs du Monde de soutenir sa candidature définitive81 et à l’issue d’un deuxième vote de celle-ci82, Jérôme Fenoglio accède au poste de directeur du quotidien tandis que Luc Bronner le remplace en tant que directeur des rédactions83.
Les décodeurs, rubrique du site Web du journal Le Monde, est créée le 10 mars 201484 et le 1er février 2017, les journalistes de la rubrique créent un moteur de recherche baptisé Décodex (cf. la section Critiques ci-dessous).
Directeurs de la publication[modifier | modifier le code]
Hubert Beuve-Méry (1944-1969)
Jacques Fauvet (1969-1981)
Claude Julien (1981-1982)
André Laurens (1982-1985)
André Fontaine (1985-1991)
Jacques Lesourne (1991-1994)
Jean-Marie Colombani (1994-2007)
Pierre Jeantet (juin 2007 – février 2008)85
Éric Fottorino (février 2008 – décembre 2010)
Louis Dreyfus (décembre 2010 – mars 2013)
Nathalie Nougayrède (mars 2013 – mai 2014)
Gilles van Kote (intérim de mai 2014 à mai 2015)
Jérôme Fenoglio (juin 2015 –)
Directeurs de la rédaction[modifier | modifier le code]
Bruno Frappat (1991-1994)
Noël Bergeroux (1994-1996)
Edwy Plenel (1996-2004)
Gérard Courtois (2004-2006)
Éric Fottorino (2006 – septembre 2007)
Alain Frachon (1er septembre 2007 – 17 janvier 2010)
Sylvie Kauffmann86 (18 janvier 2010 – juin 2011)
Érik Izraelewicz (juin 2011 – 27 novembre 2012)
Alain Frachon (intérim du 30 novembre 2012 – mars 2013)
Natalie Nougayrède (mars 2013 – mai 2014)
Jérôme Fenoglio (mai 2014 – juin 2015)
Luc Bronner (juin 2015 – )
Organigramme actuel[modifier | modifier le code]
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Organigramme au 1er juillet 2016

Position du Monde dans l’espace politique français[modifier | modifier le code]
Le journal est le point de jonction de plusieurs grands courants d’idées principalement liés au courant de la social-démocratie chrétienne sur le plan intérieur.
Jean-Jacques Servan-Schreiber, responsable de la page de politique extérieure, quitte le journal au début des années 1950 en lui reprochant son neutralisme dans les relations Est-Ouest87. En 1955, les milieux d’affaires reprochent au Monde une position trop à gauche et lancent un concurrent, Le Temps de Paris, opération qui échouera88.
Sous la Ve République, le journal soutient la politique étrangère du général de Gaulle89, tout en critiquant sa politique intérieure.
Dans les années 1970, il s’oriente clairement vers un soutien à l’Union de la gauche90 et dénonce les scandales financiers qui éclatent sous la présidence de Giscard d’Estaing (affaire des diamants91, etc.). Il soutient alors la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 198192. Après la victoire du candidat socialiste, Jacques Fauvet écrit dans le numéro du 11 mai 1981 : « Cette victoire c’est enfin celle du respect sur le dédain, du réalisme sur l’illusion, de la franchise sur l’artifice, bref, celle d’une certaine morale93. »
Après l’élection, le soutien affiché du journal à François Mitterrand lui coûte de nombreux lecteurs94, ce qui amène le journal à prendre ses distances, affichant notamment son scepticisme sur la politique de nationalisations menée par Pierre Mauroy92. C’est notamment la dénonciation du scandale du Rainbow Warrior qui permet au journal de faire preuve de son indépendance et de voir ses ventes rebondir95. Le Monde est ensuite en première ligne dans la dénonciation des scandales de l’ère Mitterrand (Affaire des Irlandais de Vincennes96, Carrefour du développement etc.). Une véritable animosité oppose alors Mitterrand au journal, visant plus particulièrement le journaliste Edwy Plenel97. Plusieurs journalistes du Monde font ainsi l’objet d’écoutes téléphoniques clandestines de la part du pouvoir98.
Lors de l’élection présidentielle de 1995, le journal prend le parti d’Édouard Balladur contre Jacques Chirac99.
Lors de l’élection de 2002, les journalistes Philippe Cohen et Pierre Pean affirment que le journal a mené une campagne active pour Lionel Jospin100.
En 2007, le directeur du Monde Jean-Marie Colombani appelle à voter Ségolène Royal dans les colonnes du journal101.
Critiques et polémiques[modifier | modifier le code]
La Face cachée du Monde[modifier | modifier le code]
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En 2003, une série d’ouvrages et de travaux ont critiqué la neutralité du journal. Dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales, le sociologue de l’école bourdieusienne Patrick Champagne analysait l’évolution du quotidien et l’influence de Jean-Marie Colombani dans l’article « Le médiateur entre deux mondes ».
Ces critiques devinrent accusations dans l’essai La Face cachée du « Monde », où Pierre Péan et Philippe Cohen affirment, entre autres choses, que l’équipe dirigeante, constituée alors de Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel et Alain Minc, avait pris le parti de s’orienter vers une logique de rentabilité et de vente faisant fi, selon eux, des règles déontologiques. Le non-respect de la raison d’État fut également au cœur de la critique de La Face cachée du « Monde ». Enfin, les critiques pointaient également du doigt certains parti-pris éditoriaux.
Daniel Schneidermann, à l’époque employé du Monde, chroniqueur au supplément radio-TV du quotidien et lui-même animateur d’une émission de télévision sur France 5, a critiqué dans son ouvrage Le Cauchemar médiatique la réaction de la direction du quotidien, en estimant que celui-ci ne répondait pas aux arguments du livre La Face cachée du « Monde ». Les dirigeants du Monde l’ont licencié en octobre 2003 pour « cause réelle et sérieuse » : selon eux, un passage du livre de Daniel Schneidermann était « attentatoire à l’entreprise pour laquelle il travaille ». Le journaliste a poursuivi le quotidien aux prud’hommes de Paris, qui lui ont donné gain de cause en mai 2005102. Le jugement a été confirmé en appel en mars 2007103.
Alain Rollat, journaliste au Monde de 1977 à 2001, s’est livré, quant à lui, à une sévère auto-critique des errements survenus dans la gestion de l’entreprise sous la direction de Jean-Marie Colombani, principal responsable, à ses yeux, de l’emprise croissante des « puissances d’argent » sur le « quotidien de référence ». La publication de son témoignage a été délibérément occultée par ses anciens compagnons104.
La thèse de Pierre Péan et Philippe Cohen se fondait essentiellement sur le fait que la ligne éditoriale originelle avait été altérée afin de répondre aux objectifs de pouvoir des rédacteurs et d’un petit groupe affilié, avec des collusions dans des cercles économiques. Pierre Péan et Philippe Cohen reprochaient par exemple le salaire mensuel du directeur de la rédaction du Monde (26 000 euros par mois) en dépit d’une perte estimée à 25 millions d’euros pour l’exercice 2003 au niveau du groupe (périmètre de CA de 460 M d’€, année d’acquisition du groupe La Vie catholique par Le Monde). Les avocats du Monde et ceux de Péan-Cohen ont préféré éviter le procès et ont accepté la médiation de Guy Canivet, premier président de la Cour de cassation.
Élection présidentielle de 2012[modifier | modifier le code]
Le 10 avril 2012, Le Monde a fait un gros titre de première page « Marine Le Pen arrive en tête parmi les jeunes de 18-24 ans », basé sur une étude de l’institut CSA, réalisée du 12 au 18 mars, soit trois semaines plus tôt. Dans ce sondage, « le sous-échantillon des jeunes 18-24 ans comportait moins de 200 personnes », ce que Le Monde n’a pas signalé à ses lecteurs, selon la Commission des sondages105, qui s’en est émue.
D’autres instituts donnaient des résultats différents sur les intentions de vote des jeunes. Pour tous les autres sondages de la présidentielle 2012106, Le Monde avait pour partenaire Ipsos, dont le sondage en date du 10 avril ne montrait pas encore de progression de Marine Le Pen, qui obtenait 15 % des voix des sondés107sur l’ensemble de la population contre 16 % deux semaines auparavant. Marine Le Pen a finalement recueilli au 1er tour 18 % des voix des 18 à 24 ans108, soit presque la même proportion d’électeurs que dans l’ensemble de la population (17,90 %).
Apologie de la pédophilie[modifier | modifier le code]
Selon Anne-Claude Ambroise-Rendu, historienne spécialiste d’histoire du crime et de la justice et de l’histoire des médias, le journal a fait, dans les années 1970, la promotion de la pédophilie.
Le Monde publie notamment une lettre de Gabriel Matzneff où celui-ci plaide pour le respect des « pratiques sexuelles chez la très jeune fille ou le très jeune garçon », et un article où il dénonce le « cordon sanitaire » autour de l’enfant. En 1980, Roland Jaccard fait un compte rendu élogieux du livre de Tony Duvert L’Enfant au masculin109,110.
En réponse à ces accusations, Roger-Pol Droit dans son article « De la subversion par la sexualité à la reconnaissance des droits de l’enfant »111 revient en 2001 sur le contexte de l’époque, citant par exemple des publications de Michel Foucault, René Schérer ou Guy Hocquenghem.
Les décodeurs[modifier | modifier le code]
Les décodeurs, rubrique du site Web du journal Le Monde, créée le 10 mars 201484, se fixe pour objectif de vérifier les informations données sur des thématiques variées, dans les médias et sur les sites internet. Certains professionnels et lecteurs dénoncent les « partis pris idéologiques » et les « biais de sélection » que contiendrait souvent cette rubrique.
Le 1er février 2017, Les décodeurs créent Décodex, un moteur de recherche accessible depuis leur site internet ou depuis une extension au navigateur internet et présenté comme « un outil de vérification de l’information à destination des enseignants (et des autres) ». L’initiative est largement critiquée dans la presse, qui dénonce la prétention du quotidien de jouer un rôle d’arbitre « impartial et transparent »112 et le fait de s’instituer « juge et partie »113,114.
Certains estiment que le Décodex mis en place est une « liste maccarthyste », qu’ils comparent à l’Index librorum prohibitorum115,116, « la liste établie par l’Église des ouvrages que les catholiques n’avaient pas le droit de lire »117.
Élection présidentielle de 2017[modifier | modifier le code]
Bien que la direction du journal s’en défende118, la neutralité du traitement accordé aux candidats de l’élection présidentielle par Le Monde est mise en cause par plusieurs journaux et associations, dont Acrimed, qui dénoncent un parti-pris non assumé du journal en faveur d’Emmanuel Macron119,120.
Le 7 mai 2017, Le Monde, mais aussi Les Inrocks et Libération, prennent la décision de boycotter la soirée électorale de Marine Le Pen pour protester contre le fait qu’une dizaine de médias y aient été interdits121.
Autres[modifier | modifier le code]
Michel Legris publie en 1976 Le « Monde » tel qu’il est. D’après cet ancien journaliste du Monde (1956-1972), témoin direct de l’évolution du « quotidien de référence », le journal, derrière son apparente objectivité, applique de multiples procédés de désinformation au service d’une ligne éditoriale gauchisante. Celle-ci est portée notamment par de jeunes journalistes militants recrutés après 1968. Le journal vise non seulement à favoriser l’élection d’une majorité socialiste autour de François Mitterrand, mais aussi à promouvoir les convictions de l’intelligentsia de gauche ou d’extrême-gauche. Citations et analystes de textes à l’appui, Michel Legris montre aussi comment Le Monde a minimisé et excusé les exactions des Khmers rouges au Cambodge122. Comment il a reproduit sans aucune distance critique la propagande maoïste présentant la Chine populaire comme un paradis socialiste (p. 165-167). Ou pris systématiquement le parti de l’extrême-gauche révolutionnaire contre les démocrates socialistes lors des troubles qui ont suivi la « révolution des Œillets » au Portugal123. Il énumère les cas où Le Monde omet ou retarde des informations gênantes pour sa ligne éditoriale, voire diffuse de fausses nouvelles, parfois diffamantes124. Si Le Monde subit alors une érosion de son lectorat, qui n’y retrouve plus les valeurs fondatrices du journal, Michel Legris paiera cher sa critique contre le pouvoir de ce grand média: il ne trouvera pas de travail dans la presse française pendant neuf ans.
En septembre 1998, Érik Israelewicz, alors rédacteur en chef du Monde où il était responsable du traitement de l’économie, publie un article dans la revue Sciences humaines. Il y explique comment l’actualité sociale, qui primait alors au Monde, a été progressivement fondue avec l’actualité économique dont la place était grandissante ; puis comment l’actualité des entreprises a progressivement dominé la rubrique économique et sociale125. Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, dans son essai politique Le Grand Bond en arrière (2004, réédité en 2006 et 2012), ajoute ironiquement : « Ensuite, on crée un supplément affaires [Le Monde des affaires]. Enfin, ce sera régulièrement Le Monde Argent ».
L’association de critique des médias Acrimed, reproche notamment au Monde de participer à la quasi unanimité des médias français en faveur de l’austérité européenne126, de ne pas parler de certains livres critiques vis-à-vis du journalisme français, et ce malgré leur succès127 ; ou encore l’utilisation de son image de marque pour la vente de produits n’ayant rien à voir avec le journalisme128.
Le Monde est sévèrement critiqué pour sa couverture de l’affaire Alègre notamment en propageant des rumeurs contre Dominique Baudis, alors président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et ancien maire de Toulouse129,130.
En mai 2011, irrité par le contenu d’un article du Monde consacré à François Mitterrand signé par l’historien François Cusset, l’actionnaire Pierre Bergé dira « regretter » d’avoir investi dans le quotidien131. Il avance ainsi : « Je considère que contrairement… à ce qu’ils prétendent, les journalistes du Monde ne sont pas libres mais prisonniers de leurs idéologies, de leurs règlements de compte, et de leur mauvaise foi132. »
En juin 2011, le mensuel Le Monde diplomatique publie un article du journaliste Pierre Rimbert critiquant la disparition progressive de l’indépendance rédactionnelle au Monde. L’article rapporte notamment une déclaration du milliardaire et propriétaire du Monde Xavier Niel : « Quand les journalistes m’emmerdent je prends une participation dans leur canard et après ils me foutent la paix133. »
En juillet 2012, Le Monde diplomatique rapporte les propos d’Eric Fottorino, ancien directeur du Monde : « Le Monde a rejoint la cohorte de ces titres renommés dont le sort est désormais lié au capital et au bon vouloir des capitaines d’industrie ou de finance. » Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, ajoute ironiquement qu’« avocat de la « mondialisation heureuse », Le Monde en est devenu la proie »134.
Dans Un Monde à part (2013), Jean-Marie Colombani critique également l’évolution du quotidien du fait de ses nouveaux actionnaires, celui-ci n’étant plus selon lui, un « journal de journalistes », mais étant « engagé à gauche du simple fait de son actionnariat » (Pierre Bergé, Xavier Niel, Matthieu Pigasse). En raison de ce même actionnariat, l’ancien directeur du journal affirme que celui-ci « n’est plus indépendant du pouvoir économique»135.
Les journalistes du quotidien n’échappent pas au reproche d’être trop politisés. Ainsi, Adam Nossiter du New York Times juge Le Monde « frénétique à l’égard de Nicolas Sarkozy »136
Condamnations judiciaires[modifier | modifier le code]
En novembre 2009, Le Monde et sa filiale Le Monde Interactif ont été condamnés à 1500 euros d’amende chacun par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffamé le député socialiste Julien Dray137. La 17e chambre reproche au journaliste d’avoir utilisé des informations de TRACFIN concernant une enquête sur le député, « ce qui lui confère une apparente crédibilité », sans avoir attiré l’attention de ses lecteurs sur la circonspection qui s’imposait à ce stade de l’enquête ; et d’avoir « manqué à la prudence » en ne donnant pas la parole à M. Dray, ainsi qu’en ne rappelant pas le caractère « unilatéral et non contradictoire » de la note de TRACFIN (Julien Dray écopera d’un rappel à la loi138).
En février 2014, Le Monde a été condamné en dernière instance par la justice espagnole à indemniser deux clubs de football pour atteinte au droit à l’honneur. Le quotidien a dû verser 300 000 euros de dommages et intérêts au Real Madrid, et 15 000 euros au FC Barcelone, à la suite d’un article accusant des joueurs de dopage sans preuves139. En déboutant Le Monde de son pourvoi en cassation contre le FC Barcelone, le Tribunal suprême estimait en 2011 que « l’information publiée n’était pas véridique, le journal ayant utilisé des données inconsistantes et non contrastées, et le journaliste n’ayant pas suffisamment vérifié ses sources dans une affaire dont la gravité aurait plongé le club dans le discrédit »140.
Le Monde a été condamné le 7 octobre 2016 pour diffamation, après avoir attribué à l’acteur John Malkovich un compte caché en Suisse dans une filiale de la banque HSBC141. Cette condamnation est confirmée le 24 mai 2017 par la cour d’appel de Paris142. Les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont été astreints à payer chacun une amende de 1 500 euros, et le directeur de la publication à 1 000 euros d’amende. Tous trois ont été condamnés à verser solidairement au total 10 000 euros de dommages et intérêts à John Malkovich.
Diffusion et audience[modifier | modifier le code]
Article connexe : Presse en France.
Données de l’OJD143,144 :
Année Diffusion France payée Évolution annuelle
2008 300 485
2009 288 049 en diminution – 4,1 %
2010 286 348 en diminution – 0,6 %
2011 292 765 en augmentation + 2,2 %
2012 288 113 en diminution – 1,6 %
2013 275 310 en diminution – 4,4 %
2014 273 111 en diminution – 0,8 %
2015 267 897 en diminution – 1,9 %
2016 269 584 en augmentation + 0,6 %

Année Diffusion totale
1962 182 408
1963 188 723
1964 200 457
1965 230 012
1966 251 399
1967 294 722
1968 354 982
1969 354 623
Année Diffusion totale
1999 390 840
2000 392 772
2001 405 983
2002 407 085
2003 389 249
2004 371 803
2005 360 610
2006 350 039
Année Diffusion totale
2007 358 655
2008 340 131
2009 323 039
2010 319 022
2011 325 295
2012 318 236
2013 303 432
2014 298 529
2015 292 054
2016 289 555
Pour une comparaison avec la diffusion totale des autres quotidiens nationaux français, voir « Presse en France ».
D’après l’OJD, en 2003, un peu plus de la moitié des abonnés à la version Internet sont les abonnés à la version papier utilisant leur droit de consultation :
janvier 2003 : 30 597 ;
décembre 2003 : 44 687.
En 2007, l’audience du quotidien s’élève à 1 895 000 lecteurs (EPIQ 2006/2007-LNM) dont 56 % appartient à un foyer CSP+.
Graphique de la diffusion totale par année de 1999 à 2016[modifier | modifier le code]

Finances[modifier | modifier le code]
Le Monde ne communique pas son chiffre d’affaires mais la Société des lecteurs du Monde, cotée sur le marché libre d’Euronext Paris, annonçait un chiffre d’affaires de 462 millions d’euros en 2002. En 2007, il est de 628,65 millions d’euros145. Le Monde a accusé en 2006 une perte nette de 14,3 millions d’euros, à comparer avec une perte nette de 27,9 millions d’euros en 2005 et de 54,2 millions en 2004. En juin 2010, le journal recherche 10 millions d’euros pour éviter la cessation de paiement en juillet et ses dettes s’élèvent à 94 millions d’euros55.
Le journal Le Monde touche des subventions de l’État. Ainsi, il a perçu 2,95 millions d’euros d’aide du fonds d’aide à la modernisation de la presse de 2003 à 2010146. En 2010, il est le second quotidien français qui reçoit le plus de subventions de l’État avec 17 millions d’euros d’aides directes147. En 2011 et 2012, il est le premier avec 16,9 et 18,6 millions d’euros148,149.
Publications[modifier | modifier le code]
Le quotidien Le Monde[modifier | modifier le code]
Le Monde présente la particularité d’être daté du lendemain de son jour de parution. C’est le seul en France, avec le quotidien Présent, à conserver cette formule en 2013. Son édition du jour est ainsi disponible vers 13 heures à Paris, Lyon et Toulouse150 et le soir même dans quelques grandes villes de France[réf. nécessaire] et partout ailleurs le lendemain, y compris à l’international. Par exemple, l’édition sortant des rotatives le vendredi 1er sera datée samedi 2.
Toujours appelé « quotidien du soir », Le Monde est aujourd’hui devenu en réalité un quotidien du midi. Le « bouclage » de la rédaction se fait le matin à 10 h 30, ce qui permet d’intégrer des informations tombées dans la nuit ou au petit matin, contrairement à la plupart de ses confrères qui bouclent dans la nuit.
Aujourd’hui, le quotidien se découpe de la façon suivante :
La une : elle se compose d’une tribune, très souvent accompagnée d’une photo d’actualité ; de l’éditorial du jour au centre ; d’un dessin de Plantu en pied de page ; ainsi que d’autres brèves qui seront développées dans le journal.
Page deux : cette page du journal comprend notamment le dessin de presse quotidien de Xavier Gorce.
Page trois : cette page, du nom de son emplacement, est le lieu d’une enquête plus poussée sur un thème précis, qu’il soit d’actualité récente ou qu’il procède plus d’une enquête de fond sur un thème méconnu. Une place très large est laissée à l’image au sein de cette page.
Planète : une à deux pages consacrée(s) à l’actualité environnementale.
International, International & Europe : 4, 5 pages consacrées à l’actualité internationale et européenne.
France : 3-4 pages consacrées à l’actualité française principalement centrée sur la politique.
Économie : 2-3 pages consacrées à l’actualité économique, financière et industrielle.
Décryptages : 3-4 pages réservées aux débats (tribunes, billets d’humeur, réactions publiques, lettres ouvertes…) ou à une enquête poussée sur un point d’actualité
Culture : 2-3 pages consacrées à l’actualité culturelle française et internationale. Le numéro du mercredi est consacré aux sorties cinéma.
& Vous : une page sur la vie pratique et quotidienne
Carnet : nécrologie, hommages, mariages, naissances
Météo & jeux, la météo n’apparaît plus à partir du 6 octobre 2014 avec le lancement d’une nouvelle formule du quotidien. Elle est consultable en ligne sur le site internet du quotidien.
La dernière page (la page 28 généralement) est consacrée au courrier des lecteurs ainsi qu’à un billet d’humeur d’une personnalité
Chaque numéro du Monde propose une contre-enquête qui peut porter sur n’importe quelle rubrique du journal.
Si le découpage du journal reste la plupart du temps quasiment identique d’un jour à l’autre, rien n’empêche la rédaction de consacrer plus de pages à tel thème en raison d’une actualité importante. Par exemple, pour sa couverture du séisme de mars 2011 intervenu au Japon, la rubrique Planète a pu monopoliser une petite dizaine de pages dans certains numéros du quotidien.
Depuis 2009, Le Monde désigne une personnalité de l’année. Les récipiendaires sont le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, en 2009, et Julian Assange, en 2010.
Le Monde.fr[modifier | modifier le code]

Logo Le Monde.fr à partir de juin 2005.
Le Monde est présent sur Internet avec son propre nom de domaine (lemonde.fr) depuis le 19 décembre 1995151.
La quasi-totalité du contenu textuel du journal y est accessible gratuitement tous les jours, en début d’après-midi. Les articles de moins de trois jours sont également librement accessibles, mais sans la documentation iconographique et infographique du journal. D’autres sources sont aussi mises à disposition du lecteur, comme des dépêches d’agences de presse ou des billets de blog.
Pour l’accès aux archives, l’abonné au journal a un droit limité (à 25 articles d’archive par mois) et gratuit de consultation, sinon la lecture des archives est payante. On peut, depuis avril 2002, s’abonner à la partie payante du site et bénéficier des dépêches d’agence (AFP, AP, Reuters), d’une base de données de résultats électoraux mise à jour depuis 1969, accéder à des contenus multimédia (près d’un million d’articles du Monde en ligne, soit l’intégralité du quotidien depuis 1987).
Par ailleurs, depuis septembre 2006, Le Monde.fr a lancé un nouveau service : le Journal électronique152. Il est ainsi possible de lire Le Monde en ligne, en bénéficiant des fonctionnalités propres au numérique : feuilletage, zoom numérique, recherche, etc. En juillet 2008, puis en mars 2012, le portail d’accueil du site a été entièrement refondu dans sa présentation.
L’édition électronique du journal a d’abord été créée en 1994. Elle était conçue au sein du journal et était distribuée sur les réseaux électroniques grâce à un accord avec CompuServe et Edelweb, une société française spécialisée sur la sécurité en ligne. Depuis 1999, le site est édité par la société Le Monde interactif, filiale majoritaire du Monde et à 34 % de Lagardère. La filiale Le Monde interactif a d’abord été présidée par Alain Giraudo, puis par Bruno Patino, à la suite de l’échec du lancement du portail Tout.lemonde.fr en 2000. Le PDG du Monde interactif a ensuit été Philippe Jannet, remplacé en 2012 par Isabelle André153.
Le Monde sur Discover de Snapchat[modifier | modifier le code]
Depuis le 15 septembre 2016, Le Monde ainsi que 7 autres éditeurs de presse français (Paris Match, Vice, L’Equipe, Melty, Cosmopolitan, Konbini et Tastemade) diffuse tous les jours des contenus exclusifs et une expérience visuelle inédite sur Discover, l’espace réservé aux médias de l’application Snapchat154.
Suppléments, rubriques et titres[modifier | modifier le code]
Le Monde propose des supplémentsNote 4 quotidien, hebdomadaires et mensuels, ainsi que divers suppléments ponctuels.
Tous les jours :
Le Monde éco & entreprise, supplément quotidien (depuis mai 2013), paraissant sur 8 à 12 pages. Ce supplément était auparavant hebdomadaire, paraissant avec l’édition du quotidien datée du mardi. Titré Le Monde économie jusqu’en avril 2012, il change alors de nom pour adapter son nom actuel, tout en conservant ses jour et rythme de parution (sauf plusieurs semaines durant l’été et Noël). Ce supplément contient des dossiers, des analyses, des entretiens, consacrés à l’économie, à la vie des marchés et des entreprises.
Chaque semaine :
Le Monde science & médecine, paraissant en supplément de l’édition du quotidien datée du mercredi, et comportant 8 pages (sauf au mois d’août et à Noël). Jusqu’en mai 2013, le supplément était titré Le Monde science&techno, et paraissant avec l’édition « Week-end », datée du samedi ;
Le Monde géopolitique, ancien supplément de l’édition du quotidien datée du jeudi, et comportant habituellement 8 pages. Initialement titré Le Monde géo&politique, il est publié en supplément de l’édition du quotidien datée du dimanche puis, à partir de mai 2013, en supplément de l’édition datée du jeudi, avec en outre un changement de dénomination en septembre 2013. La publication du supplément cesse avec le numéro daté du 19 décembre 2013. Quatre pages de géopolitique sont réintégrées dans le cahier principal du Monde daté dimanche-lundi depuis fin 2015.
Le Monde des livres, fondé en 1967 par Jacqueline Piatier155, paraissant en supplément de l’édition du quotidien datée du vendredi (sauf au mois d’août et à Noël), et comportant de 8 à 10 pages. L’actualité de l’édition et la critique des principales parutions, dans tous les genres, de la littérature classique à la bande dessinée.
Le Monde Idées, (anciennement Le Monde culture&idées) paraissant en supplément de l’édition « Week-end » du quotidien, datée du samedi, et comportant 8 pages ;
M, le magazine du Monde (anciennement Le Monde 2, Le Monde magazine), publié en supplément de l’édition du quotidien datée du samedi. On y trouve notamment l’actualité de l’art de vivre, de la mode et de la beauté, du design, de la culture, etc. ;
Le Monde Sports (anciennement Le Monde sport&forme, paraissant en supplément de l’édition « Week-end » du quotidien, datée du samedi, et comportant 8 pages ; La publication de ce supplément a définitivement cessé le 18 mars 2017, deux pages de sport sont réintégrées dans le cahier principal du numéro daté samedi.
Le Monde télévisions, paraissant en supplément de l’édition du quotidien datée du dimanche, et comportant 28 ou 32 pages. On y trouve l’actualité de tous les écrans télévisions, web, ainsi qu’une sélection des programmes de télévision et de radio pour la semaine à venir. À partir du 6 octobre 2014, ce supplément disparaît au profit d’une page quotidienne dans le cahier principal du journal et 3 pages dans l’édition datée dimanche-lundi.
Chaque mois :
Le Monde argent & placements argent. Supplément anciennement nommé Le Monde argent, daté samedi. Portant sur l’actualité des placements financièrs (prêt, placement, investissement, immobilier, emprunt…) ; le supplément devient Le Monde argent & patrimoine en novembre 2012, avec un jour de parution mensuel fluctuant puis, à partir due février 2014, adopte le nom actuel.
Initialement appelé Le Monde éducation, daté mercredi. Analysant l’actualité éducative à destinations des parents, des enseignants et des étudiants ; le supplément prend le nom de Le Monde universités & grandes écoles, en mai 2012, et paraissant en supplément de l’édition du quotidien datée du jeudi.
Le quotidien fait aussi paraître, chaque année, plus de 30 suppléments ponctuels : Le Monde des vins, Europa (en collaboration avec des titres de presse non français), sur certaines manifestations artistiques (Festival d’Avignon, Biennale de Lyon, etc).
Les articles les plus significatifs publiés dans Le Monde et ses suppléments sont aussi rassemblés et publiés sous différents formats :
Le Monde Sélection hebdomadaire, daté samedi est une publication de 12 pages qui reprend les meilleurs articles de la semaine écoulée. Il est vendu uniquement à l’étranger et sous forme d’abonnement.
Le Mensuel, sélection des meilleurs articles du mois précédent, paru de février 2010 à janvier 2014.
Dossiers et Documents était une publication mensuelle, parue de 1973 à septembre 2013, à destination des lycéens et étudiants, qui réunissait dans un numéro de huit pages un ou deux dossiers sur des questions économiques, historiques, politiques ou de société.
Les collections du Monde[modifier | modifier le code]
Le groupe Le Monde édite depuis 2004 des collections de produits culturels. Actuellement, plusieurs collections sont en vente156 :
« Le cinéma du Monde » – Série 18 – LES JOURNALISTES À L’ÉCRAN (10 films culte sélectionnés par Le Monde en DVD)
« Les petits polars » (livres)
« Signé Gainsbourg » (des dizaines de CD-livrets)
Censure[modifier | modifier le code]
Le Monde est interdit d’accès en Chine, y compris dans sa version numérique.
En 2009, un numéro du Monde est interdit à la vente au Maroc, du fait qu’il contenait un sondage sur la popularité du Roi157.