C’est pas joli, joli. Ces dernières années, la française de taekwondo (FFTDA) est accusée d’avoir multiplié les dérapages, voire les illégalités. L’AFP s’est procuré les documents sur lesquels la justice et le ministère des Sports enquêtent depuis près de dix mois. Car une plainte contre X a été déposée auprès du procureur de Lyon pour diverses malversations, le 4 août 2015, par treize membres de la Fédération. Depuis la PJ de Lyon est depuis chargée de l’affaire.

Deux semaines plus tôt, deux hauts fonctionnaires de l’inspection générale du ministère des Sports avaient été missionnés pour eux aussi enquêter sur les dysfonctionnements de la FFTDA. Mardi, le ministère a confirmé à l’AFP l’imminence d’une saisine du parquet en conclusion de leur travail. Ce sont en tout cas ces supposées malversations qui auraient conduit à la démission, le 4 juillet 2015, du président en poste depuis 2006 Roger Piarulli, resté toutefois membre du comité directeur, et du directeur technique national (DTN) historique Philippe Bouedo.

Des aides au logement exorbitantes

Les documents obtenus par l’AFP font supposer le versement de salaires déguisés, sous plusieurs formes, notamment des aides au logement, à plusieurs cadres de la Fédération. Le cas qui semble le plus flagrant concerne l’entraîneur national Myriam Baverel, la directrice du haut niveau, toujours en poste. Elle aurait perçu dès son embauche en 2009 une aide au logement de 800 euros, aide qui aurait ensuite été revalorisée à 1.669 euros pour un loyer de 1.400 euros. Le tout apparemment sans validation du comité directeur et sur simple demande de M. Bouedo.

Ce dernier aurait également demandé le versement de 53.000 euros sur quatre ans à plusieurs ligues et clubs, a priori toujours sans en informer le comité directeur. Par ailleurs, des notes de frais kilométriques fictifs auraient permis à plusieurs entraîneurs nationaux de gonfler leurs revenus de plus de 500 euros par mois. Censés rembourser les trajets des entraîneurs entre leur domicile et l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), ces frais auraient été versés à des techniciens habitant seulement à quelques centaines de mètres du centre d’entraînement national du Bois de Vincennes. Autant de versements qui seraient en fait des salaires déguisés destinés à échapper au fisc et à l’Urssaf.

Près de 28.000 euros de frais téléphoniques en un an…

Par ailleurs, de faux contrats de travail et bulletins de auraient été établis pour aider un ancien athlète de premier plan à obtenir un prêt bancaire. Une infraction passible de trois ans de prison si elle était avérée. Enfin, le DTN Philippe Bouedo aurait fait exploser les compteurs en présentant, en 2011, une note de téléphone portable de 27.651,81 euros pour l’année. Poussé à la démission, a priori après la dénonciation de ces faits par certains membres du comité directeur, le président Roger Piarulli avait semble-t-il lui-même profité du système. Deux billets d’avion, un Paris-Nice et un -, auraient ainsi été achetés par la Fédération pour son épouse. M. Piarulli a remboursé le tout lors de sa démission.

Contactées à plusieurs reprises par l’AFP, les trois personnes mises en cause n’ont pas réagi. De son côté, Denis Odjo, président par intérim à partir de juillet 2015 puis élu en pleine responsabilité en janvier 2016, a pour sa part affirmé à l’AFP n’être au courant d’aucune procédure, judiciaire ou administrative. Il a pourtant reconnu et justifié certains des faits en question dans un enregistrement de l’émission “Complément d’enquête”, qui sera diffusé par France Télévisions jeudi